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Au fil des jours, je partagerai avec vous des écrits sur ce qui m'inspire.

Voyage

J’ai toujours aimé voyager.

C’est de ma mère que me vient cette envie de quitter la vie quotidienne, de laisser, derrière moi, les tâches incontournables et répétitives qui finissent par peser. Elle, que je voyais, à la maison, toujours soucieuse, tendue, se transformait le temps d’un voyage, en une femme rieuse, contente de tout.

Je sais bien qu’il faudrait, comme je l’ai appris au cours d’une semaine de retraite dans un centre bouddhiste, prendre autant de plaisir à frotter délicatement une assiette qu’à bercer un enfant mais, si dans ces journées silencieuses, rythmées par le gong, j’y arrivais, dès mon retour chez moi, les assiettes sont redevenues des assiettes, le balai un balai et les listes d’épicerie un devoir à faire.


En voyage, je me régale d’un pique nique improvisé, même, comme c’est parfois le cas, dans un lieu qui n’a rien d’exaltant. L’improvisation mot magique ! Découvertes, rencontres, nouveaux apprentissages...Voilà ce qui me nourrit.

À l’austère Pascal : Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne pas demeurer en repos dans une chambre, je préfère et de loin le souriant Montaigne : Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui.


Certes, dans un voyage, si on rencontre les autres, on se confronte aussi à soi. Il y a des moments exigeants, inquiétants parfois. J’ai, plusieurs fois, dû dépasser des limites et cela, sur le coup, ne pas été facile.


Mais quelle fierté ensuite, quelle sensation d’ouverture.

Quelques uns de ces moments brillent dans ma vie, petits éclats quartz qui étincellent au soleil, comme diamants.


Montée harassante d’un sentier autour du Mont Blanc, dans un brouillard glacial, sans savoir si l’eau qui coule sur mes joues est faite de larmes ou de condensation. Je n’en peux plus, mais pourquoi donc ne suis-je pas restée au chaud au fond de mon lit ? Et le lendemain matin, l’éblouissement du soleil sur les glaciers !


Ma peur, dans une petite embarcation qui remonte une rivière au Pérou. Vous êtes les premiers voyageurs à suivre cette rivière a dit le guide. Si tout se passe bien, j’introduirai ce trajet dans mes prochains tours. Si tout se passe bien ? Mais je n’ai aucune envie de servir de cobaye !

Attention dit-il encore. Il y a une sorte de tigre qui peut rôder. Joue-t-il a nous faire peur ? Mais non, il nous montre les traces de grosses pattes…Je sens la colère et la panique s’emmêler dans mon ventre.

Puis ses deux aides reviennent avec un gros poisson qu’ils font griller sur un feu de bois. Et nous voilà, premiers voyageurs, assis sur des pierres, mangeant avec les doigts, dans le froid de la nuit qui tombe, imaginant nos ancêtres, les vrais découvreurs.


Et il y a, ce moment fondateur, l’épisode de la caverne.

Je suis un atelier en Arizona où la marche et l’écriture se conjuguent.


Après plusieurs jours stimulants mais exigeants, nous allons nous rendre dans une caverne lieu de cérémonie sacrée pour les Navajos.

Comme tous les participants du groupe, je suis enthousiaste...jusqu’au moment où je vois que pour accéder à la caverne, il faut marcher sur des rochers en pente où nul chemin n’est tracé.

Je stoppe net, comme cheval rétif, ou plutôt comme âne buté. Non, on ne fera pas passer par là.

Le responsable du groupe vient vers moi, et, comme un bon cavalier apaise son cheval avec douceur au lieu de le forcer, il me tend la main. Fais moi confiance dit-il, je ne te lâcherai pas.


Cœur battant, je le suis.


Dans la caverne, où chacun est en silence, j’éclate en sanglots.

Au fond de la forme circulaire et sombre, il a y une ouverture vers la lumière.

Alors, je sais. Je viens de revivre symboliquement une forme de naissance.

Des mains secourables m’ont accompagnée dans une sorte de matrice originelle, et je peux aller sans crainte vers la vie.

Du moins, ce sont les paroles intérieures qui me sont venues à ce moment là.

Ma naissance réelle a été difficile, celle là m’a ouvert les portes d’une nouvelle étape de vie, plus libre, plus pleine.


Au moment même où j’écris ce texte, je suis à nouveau dans ce lieu libérateur.

En retrouvant les roches rouges de Sedona, les couleurs pastels de l’Antilope canyon, Spider Rock le rocher tutélaire au pied duquel, il y a quelques années, j’ai fait trois jours de jeûne, je ressens tout à la fois de l’exaltation et un profond calme.

Verticalité et profondeur, éternité et mouvement continuel, espace et temps, tout ici se conjugue.

Et moi, je vais passante dans l’infini, comme grain de sable dans le vent.


- A. Condamin


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